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Donnerstag, 5. Januar 2012

Mon voisin le dictateur

L’activisme biélorusse à Vilnius

La Biélorussie est la dernière dictature d’Europe, mais la capitale lituanienne n’est qu’à 40 kilomètres de la frontière. Les défenseurs des droits civils biélorusses utilisent Vilnius comme lieu de refuge et centre d’opérations – mais ils ne se sentent pas complètement en sécurité. La présidente lituanienne entretient de bons rapports avec le despote biélorusse.

(publié en six langues au Journal Européen Cafebabel.com le 5 janvier 2012, traduction française par Sophie Ehrsam >>)

Donnerstag, 8. Oktober 2009

Franzobel à Berlin : Un écrivain derrière les barreaux

(publié dans le Magazine Européen Cafebabel.com, 09/2010 >>, traduction: Christophe Lucchese; autres versions: allemand, espagnol, anglais, polonais, italien)

En coulisse des Rencontres internationales de littérature de Berlin, un écrivain du cru invite certaines plumes renommées à animer une lecture devant les détenus de la de la Justizvollzugsanstalt, la prison de Moabit. Avec Franzobel, écrivain autrichien réputé pour ses saillies sexuelles et politiques, les détenus ont écouté, échangé, et respiré la liberté des mots. Plongée de l’autre côté des barreaux.


Dans la cour de la prison de Moabit, deux hommes répètent la même ronde, tels deux écoliers aux larges épaules qui seraient passés à côté de leur vie. Le monde extérieur, cela fait des années qu’ils ne l’ont pas vu, et de l’écrivain Franzobel qui les regarde par la fenêtre, ils n’en ont probablement jamais entendu parler. À peine 800 mètres séparent la prison du Tiergarten, où les festivaliers des Rencontres internationales de littérature de Berlin se rendent, en fidèles habitués, de lectures en lectures. Pour les 1.300 prisonniers, toutefois, la distance ne se mesure pas en mètres mais en années... (suivre la lecture >>)

Sonntag, 19. Oktober 2008

Voyage sans arrivée

Le sujet de la migration dans le documentaire européen

Ce sont des Européens invisibles, sans papiers et avec une histoire de sur-vie difficilement imaginable : les émigrants au statut illégal, pour la plupart venus des Etats africains. Depuis quelques années, des réalisateurs de documentaires essaient de mettre en lumière ce sujet obscur qu’est leur chemin de souffrance et d’espoir, par exemple : Mirages et Bab Sebta, films lauréats du Festival International du Documentaire à Marseille.


publié le 15.10.2008 dans la revue franco-allemande rencontres.de

« Perdu au coeur
de la grand Babylone
ils m’appellent le « clandestin »
pour être sans papiers ;
pour travailler j’allais
vers une ville du nord
en laissant ma vie
entre Ceuta et Gibraltar.
Je suis une barre dans la mer
un fantôme dans la ville,
ma vie est interdite,
dit l’autorité. »
(Manu Chao : Clandestino.)

Ce sont surtout des accidents navals tragiques et des révoltes dans les enclaves de Ceuta et Medilla qui marquent notre perception de l’émigration africaine vers l’Europe. Cependant, le quotidien et le destin personnel des sans-papiers demeurent dans l’ombre – d’autant plus que l’espace Schengen les pousse vers l’illégalité et qu’ils veillent à leur anonymat.

Pourtant, depuis quelques années, des réalisateurs européens et africains abordent ce terrain difficilement accessible : les uns décrivent la vie et le travail des « clandestins » en Europe (France: Paroles des Sans Papiers de Patrick Watkins (2006), Allemagne: Sans Papiers de David Rych (2004)) ; les autres rencontrent les migrants à un de ses lieux d’origine ou de transit en Afrique pour explorer sur place ce voyage fatigant sur terre et sur mer.


Deux des lauréats du Festival International du Documentaire FID Marseille plongent justement dans cette thématique : Dans Bab Sebta (Prix du Jury Marseille Espérance) les réalisateurs portugais Pedro Pinho et Frederico Lobo observent les rites d’attente des migrants au dernier point de leur voyage, à la Porte de Gibraltar. Leur étude ethnographique présente Ceuta en tant que lieu de transit, carrefour économique et culturel et comme symbole pour le passage biographique individuel. Au Nord du Maroc et au Sud de l’Algérie, Charles Heller (Crossroads at the Edge of Worlds (Carrefour à la Frontières de différents Mondes), 2006) et Idrissou Mora-Kapi (Arlit, la deuxième Paris, 2005) ont réalisé des projets cinématographiques semblables.

Cependant le documentaire Mirages d’Olivier Dury (Prix Premier du Jury de la Compétition Française) montre les premiers jours d’un convoi de migrants que le réalisateur a accompagné à travers le Sahara, de la ville nigérienne d'Agadez à Djanet au sud-est de l’Algérie. Le titre annonce la double perspective de ce film qui se déroule en Afrique mais qui traite néanmoins d’une Europe utopique: Les fatigues du voyage que les migrants subissent patiemment reflètent leur désarroi et l’espoir de trouver une vie meilleure au Nord de la Méditerranée.

La caméra de Dury suit deux VTT, les bacs surchargés d’environ 40 jeunes hommes dont les pieds touchent presque le sable. Guidé par des indigènes touaregs, l'incroyable convoi avance dans la brousse, sur des pistes vertigineuses et à travers des tourbillons de sable. Les foulards et les turbans protègent à peine contre le sable et l’impitoyable sécheresse pendant la journée ; le feu de bivouac réchauffe peu dans le froid nocturne.

Les signes de vie apparaissent rarement au bord de la route, seulement pour vite redisparaître dans l’infinitude du désert : On voit des enfants qui découvrent le seul blanc dans le convoi, une grenouille qui lutte pour survivre ainsi qu’un vautour qui attend ceux qui perdent cette lutte. Les hommes restent seuls dans le désert : ils cherchent à garder leur distance, se battent pour l’espace étroit sur les pickups et fixent le néant d’un regard où la fatigue et l’espoir se mêlent. La nuit seule rapproche ces migrants solitaires quand le feu de bivouac crée un espace clos dans l’infinité du désert.



Olivier Dury brigue l’objectivité autant que possible : Il se limite à observer, renonce aux commentaires et ne se choisit même pas de protagoniste parmi les migrants. Pourquoi ces hommes du Niger, du Sénégal ou de la Mauritanie se mettent-ils en route pour un tel calvaire ? Est-ce une lutte pour la survie ? Ont-ils des raisons politiques ? Et qu’est-ce qui les attend en Europe ? Le statut de « clandestin » ? L’expulsion ? Le film soulève bien plus de questions sur la migration africaine vers l’Europe qu’il ne donne de réponses. Mais cette retenue énigmatique est justement son point fort. Devant et derrière la petite caravane, l’horizon vacille, scintille, devient flou : d’autant que les raisons de leur émigration sont laissées à l’imagination du spectateur, les migrants ne savent pas, vers quel « mirage » ils se dirigent.

Pour ses débuts cinématographiques Olivier Dury saisit un sujet complexe avec des images poétiques et des sons en sourdine. La caméra du français échange des regards muets et compréhensifs avec les hommes dont il esquisse au cours de ce « road movie » insolite la transformation des « voyageurs » en « migrants » puis en « clandestins ».

Photos: 1,3,4: "Mirages", un film d'Olivier Dury; 2: Bab Sebta, un film de Pedro Pinho et Frederico Lobo


Filmographie et bibliographie

Films documentaires sur le sujet de la migration africaine vers l’Europe :

• Dury, Olivier: Mirages. France, 2007. 46 mn. Première diffusion en TV: ARTE, 6 juillet 2008.
• Pinho, Pedro/ Lobo, Frederico: Bab Sebta. Portugal, 2008. 110 mn.
• Heller, Charles: Crossroads at the Edge of Worlds (Carrefour à la Frontière de différents Mondes). Suisse, 2007. 37 mn.
• de No, Juan Luis: La Ciudad de la Espera (La Ville de l’Espoir). Espagne, 2006. 60 mn.
• Mora-Kapi, Idrissou: Arlit, la deuxième Paris. Burkina Faso/ France, 2005. 78 mn.
• Watkins, Patrick: Paroles des Sans Papiers. France, 2006. 15 mn.
• Rych, David: Sans Papier – Illegalized People (Sans Papiers – Humains illégaux). Allemagne, 2004. 14 mn.

• Manu Chao: Clandestino. Virgin Records, 1998.

Mittwoch, 20. August 2008

Europa en tant que mirage et forteresse

Olivier Dury sur son documentaire lauréat Mirages

Le réalisateur français Olivier Dury (Mirages) a accompagné un convoi de migrants à travers le Sahara pour rendre tangible le destin des migrants « illégaux ». Cependant il n’assurait pas complètement leur anonymat. À Marseille, Christina Felschen a parlé avec le lauréat sur ce dilemme moral, sur son rôle d’observateur et le désert en tant que lieu de transition.

publié le 15.10.2008 dans la revue franco-allemande rencontres.de


L’air à Marseille scintille ; dans le Vieux Port des centaines de voiliers constituent une ville flottante ; des touristes en short multicolores, des africains en robe boubou et des maghrebins en dschubbe passent en flânant. Des invités festivaliers portent leurs badges d’accréditation comme une décoration et ajustent leurs lunettes de soleil. Dans ce défilé du « voir et être vu » Olivier Dury apparaît pâle et presque taciturne : Fatigué, en jeans et t-shirt, il évite toute remarque plus générale sur les grands sujets évoqués par son film : la migration et la pauvreté. Quand deux jours après l’interview il gagnera le Premier Prix du festival, son regard reflète une surprise authentique.

Monsieur Dury, qu’est ce qui vous a mené d’aborder le sujet de la migration africaine vers l’Europe ?

Pendant un voyage privé au Niger en 1998 j’ai croisé un véhicule de clandestins au milieu de la nuit. J’étais sur le point de m’endormir, on s’est retrouvé côte à côte et on se regardait. C’était une image assez forte. Ils étaient, je pense, aussi étonnés que moi de voir un blanc tout seul là-bas. Cette image ne m’a jamais quitté après ce voyage si bien que j’ai décidé d’en faire un film.

Comment avez-vous trouvé et établi le contact avec les migrants ?

Au total, je suis allé à peu près cinq fois au Niger pour préparer et tourner le film. À l’époque, la situation s’était beaucoup dégradée à Agadez et pour cette raison, les voyages se faisaient de plus en plus secrètement. Ils partaient souvent à la nuit sans que personne ne soit au courant. Les gens qui organisent ces trafics dans les villes d’Agadez ou d’Arlit n’ont aucun envie de publicité. Donc j’ai cherché à les éviter en attendant les véhicules des émigrants au dehors de la ville. C’était possible seulement grâce aux chauffeurs touaregs qui ont accepté que je suive leur véhicule.

Vous utilisez des sous-titres pour donner une idée de leurs conversations qui se déroulent dans plusieurs langues. Est-ce que vous maîtrisez les langues africaines dont ils se servent parfois ?

Non, au moment du tournage je n’ai compris qu’une partie de leurs conversations. Ils s’adressaient à moi en français ; mais entre eux, les émigrants se parlent dans des mélanges improbables de français, d’anglais, de haussa et d’autres langues indigènes. Ils se regroupent selon les pays d’ou ils viennent ; j’ai même assisté à des bagarres entre les francophones et les anglophones. Toutefois, vu les conditions de leur voyage, ce n’est pas étonnant : il n’est quand même pas évident de se lier d’amitié avec celui qui est sur vos pieds. Pour donner une idée de leurs conversations au spectateur, j’ai consulté un traducteur africain après, à Paris.

Vous filmez parfois à partir du bac du camion, on voit l’étroitesse et les mauvaises pistes. En plus les nuits dans le désert sont froides et il y a des tempêtes de sable. Comment un tournage se passe-t-il dans de quelles conditions ?

Cela peut en effet être un peu difficile. Pendant la tempête de sable, je n’ai pas vraiment sorti la caméra de la voiture pour ne pas prendre de risque. Pendant la nuit, quand les températures peuvent descendre à moins cinq degrés, j’avais un peu froid. Mais j’étais beaucoup mieux logi que les « gens qui voyagent », parce que contrairement à eux j’avais un sac de couchage. Souvent eux, ils ont une couverture, parfois, ils n’ont absolument rien.

Votre voyage filmique s’arrête à la frontière libyenne. Pourquoi est-ce que vous n’avez pas accompagné les émigrants plus loin encore ?


Je me suis dit que le voyage entier risquait d’être très compliqué. Il aurait fallu une autorisation pour tourner en Algérie, si je n’y voulais pas entrer clandestinement, moi aussi. En plus, toute cette partie se traversait de nuit et les véhicules roulent sans phares, là je ne voyais pas ce que je pourrais filmer. Mais le fait que je m’arrête un peu avant ne change pas nécessairement grand chose à mon histoire.

Votre caméra s’accroche beaucoup aux migrants ; ils vous sourient et vous parlent parfois en français. Comment était votre relation avec les migrants ? D’où venait cette confiance qu’on pense voir dans le film ?


C’est difficile de parler de « la » relation en général parce qu’il y a une grande quantité d’individus sur les voitures : Ainsi ça pouvait se passer dès le départ avec quelques gens et avec d’autres pas du tout. Au départ, j’ai passé beaucoup de temps pour leur expliquer ce que je voulais faire, parce que c’est toujours un peu bizarre de voir un petit blanc avec sa caméra. Je ne crois pourtant pas qu’il soit possible d’instaurer une véritable relation dans un temps si court avec autant de personnes. Il s’agissait plus d’un respect mutuel. Par contre vers la fin du tournage un événement imprévu a amelioré notre relation : Un gars avait très mal au ventre, parce que les migrants s’alimentent très mal, et je l’ai un petit peu aidé. D’un coup tout le monde me trouvait sans doute beaucoup plus sympathique qu’avant. Malheureusement c’était juste quand le tournage était fini.

En quoi la présence de la caméra influence l’atmosphère d’un tel voyage?

J’étais aussi inquiet, la première fois, d’arriver, comme ça, avec ma caméra. A ma grande surprise, sa présence a plutôt facilité le contact : A part certains qui ne voulaient pas du tout que je les filme, il y en avait beaucoup qui venaient me voir eux-mêmes spontanément pour me raconter leur histoire. Ils étaient, je pense, contents qu’on s’intéresse à eux.

Des sirènes de police entrecoupent sans cesse l’entretien. Pendant que Mirages et Bab Sebta passent par les écrans des théâtres festivaliers, la dernière scène du « voyage sans point d’arrivée », que ces films évoquent, se joue au port en bas: Des officiers en uniforme emploient le « karcher » de Sarkozy en contrôlant sans cesse les cartes d’identité de quelques passants à l’air maghrébin ou africain. Leurs visages ressemblent à ceux qui passent sur les écrans du festival. Ici, comme aux autres villes au bord de la Méditerranée, le « mirage » d’Europe prend pour eux la forme d’une forteresse.

Monsieur Dury, on distingue bien les visages des migrants dans votre film et quelques-uns montrent même leur adresse email. Leur comportement face à la caméra me surprend ; on aurait pu croire qu’ils ont peur d’être reconnu quand ils se dirigent vers l’Europe, vers une vie de clandestinité.


À mon avis, ils ont des inquiétudes beaucoup plus importantes que cela. Au début du voyage, ils ne sont pas clandestins et ils ne savent même pas encore ce que cela signifie vraiment. Ils sont arrivés à Agadez par des moyens de transports normaux. Ils achètent un ticket avec un point de départ mais sans arrivée. La traversée du désert est la première étape vraiment difficile, l’étape dans lequel chaqu’un a un pressentiment de ce que signifiera pour lui une vie de clandestin. Il n’y avait que quelques-uns qui en savent tellement plus : J’y ai rencontré un Ghanéen qui retraversait le désert pour la troisième fois. Il était déjà arrivé en France – et avait été refoulé. Cela faisait trois ans et demi qu’il était parti de chez lui.

Mais est-ce que vous en tant que réalisateur ne les avez pas prévenu ?

J’essayai de leur expliquer que je veux montrer ce film au public. S’il passe dans les cinémas à leur arrivée en Italie ou en France, certains se diront peut-être: Je vais masquer mon visage pour qu’on ne me reconnaisse pas. Mais je vois mal notre cher gouvernement regarder mon film pour essayer de prendre des portraits des gens.

Vous avez une idée de la vie au Niger ainsi que les fatigues du voyage migratoire. Pourquoi selon vous ces hommes essaient-ils de partir vers l’Europe ?

Parce que leur vie pour des raisons différentes est insupportable, intenable, impossible. Parce qu’il faut manger quand même. Ils ont tout d’autres problèmes que nous, que la couleur de la nouvelle voiture, etc. La migration continuera tant que ces gens n’auront rien.


Olivier Dury est né à Paris en 1967. Diplomé de la Vancouver Film School au Canada, il a exercé différents métiers dans le cinéma et travaille aujourd’hui comme opérateur et réalisateur.

Photos: 1: O. Dury, 2,3: "Mirages"

Donnerstag, 17. Juli 2008

Streicheln Sie den Gemüsegarten!

Ankündigung eines Festivals mit dem hübschen Namen: "Streicheln Sie den Gemüsegarten!"


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CARESSEZ LE POTAGER
C’est la saison de la récolte ! Du 17 au 19 juillet les artistes de «Caressez le potager», festival de création aussi remarquable que son nom, invitent à partager les fruits de leur travail. Au Parc de la Mirabelle on cultive les arts judéoarabandaloux et se laisse entraîner par la symphonie des mouvements, tout en pratiquant l’écoconscience. Balade à travers le parc en pleine ébulition.

Samstag, 12. Juli 2008

Don Robertos Schatten

Interview mit einem chilenischen Filmemacher auf dem FID Marseille:

Französische Version (Kritik + Interview) für Radio Grenouille 88.8/ Version française (critique et entretien) diffusée par Radio Grenouille 88.8



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Spanische Originalversion/ Versión original (español)



L'OMBRE DE DON ROBERTO
Travail sur la mémoire, traumatismes de guerre et réconciliation – les films du réalisateur chilien Juan Diego Spoerer explorent les sujets pénibles des sociétés latino-américaines. Ancien exilé politique, il descend dans les ruines de l'histoire récente de son pays. Au Festival International du Documentaire le public marseillais s'est initié à l'univers du réalisateur chilien à travers son dernier film « La sombra de Don Roberto » (« L'ombre de Don Roberto »). Au milieu du désert Atacama, il découvre un ancien camp de prisonniers habité par un âme solitaire qui chasse les démons de son passé. Critique et Interview avec le réalisateur par Christina Felschen.


Juan Diego Spoerer est réalisateur et en tant que tel toujours à la recherhe de bonnes histoires. Mais pour raconter l'Histoire récente de son pays, le Chili, il a ramassé plus d'une seule pierre. Il est descendu dans des ruines:
Au nord du Chili, au milieu du désert Atacama, il y a un lieu qui respire l'Histoire contemporaine de l'Amérique Latine comme peu d'autres. L'ancienne mine de salpêtre de Chacabuco a été le moteur de l'industrialisation chilienne. Une génération plus tard, au début des années 70, le général Augusto Pinochet l'a transformé en un camp de prisonniers. Et puis, encore une génération plus tard, une âme solitaire cultive la vie et la mémoire dans les ruines. Il s'agit de Roberto Zaldivar qui a vécu les trois époques de Chacabuco.
Quand, tout petit, il jouait dans la mine rècemment abandonée, il ressentait une étrange anxiété. C''est dans ce même lieu que, quelques années plus tard, les militaires tentèrent de rompre sa résistance. Il a survécu, à la différence de beaucoup d'autres, mais les cauchemars de son emprisonnement le poursuivent. Aujourd'hui il se confronte avec les fantômes du passé et les apprivoise à l'endroit de leur origine, à côté des waggonets et des tombes.
Dans son documentaire « La sombra de Don Roberto », « L'ombre de Don Roberto », Juan Diego Spoerer observe avec grande sensibilité le phénix renaître de ses cendres. Le visage de Don Roberto est vieux et ridés mais ses yeux brillent encore. Il pèse ses mots : entre deux gorgée de café ou en face des murs du camp il énonce des pensées digne d'un philosophe. Spoerer s'abstient de tout voyeurisme et ne détaille pas les souffrance de l'ex-prisonnier. Néanmoins il nous fait ressentir ce trauma: quand les barres de fer qui claquent dans le vent évoquent les chaînes des prisonniers, quand Don Roberto chasse une mouche brusquement comme un souvenir non-volu.
Quelques images d'archive de la libération du camp montrent explicitement les circonstances dans lesquelles ont vécu les prisonniers. Mais elles ne sont pas nécessaires: Le seul personnage de Don Roberto, victime aussi atypique que symbolique, aide beaucoup mieux à comprendre la réalité derrière le rideau de l'Histoire. Quand il se balade librement dans les rues ou avait pris fin sa liberté, on voit dans chaqu'un de ses pas le triomphe d'être rené un homme libre.
Spoerer capte l'ancien camp de prisonnier par des images d'une beauté surprenante, entièrement filmées au soleil couchant, quand l'ombre de Don Roberto se ralonge et sa mémoire s'éveille.
« La sombra de Don Roberto » est un film qui vit de ses contrastes : Le spectateur arrive à comprendre pourquoi dans ce camp de morts Roberto Zaldivar a retrouvé la paix. Il s'agit de bien plus que d'encore un autre film sur le fascisme chilien. C'est un récit sur la mémoire, peuplé d' images poétiques, de solitude et de silence. Récit qui porte en lui l'espoir de réconciliation.
Le film qui a été primé dans plusieurs festivals internationaux, mais il n'est malheureusement pas encore diffusé en France. Seul le public marseillais a pu le voir à l’occasion du 19e Festival international de film documentaire. Juan Diego Spoerer était sur place et Christina Felschen a rencontré ce chasseur-cueilleurs d'histoires à la Criée.

Freitag, 4. Juli 2008

Mirages

INTERVIEW mit Olivier Dury
Am 7. Juli wird Olivier Dury als Festivalsieger bekannt gegeben, am 5. Juli habe ich mit ihm über seinen Film Mirages (France, 2008, 46') gesprochen. Intuition féminine!


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(Auch zu finden auf dem Blog des FID Marseille, mit dem sich die Stadt als Europäische Kulturhauptstadt 2013 beworben hat.)


KRITIK

Beim zweiten Sprung ist das Wasser noch immer kalt (2 1/2 Stunden Zeit zum Schreiben), aber ich habe ein Fahrrad, eine Korrekturleserin und eine bessere Stimme:


(siehe 3'30 bei 2/3 der Sendung nach den Portugiesen, falls der Player nicht funktioniert einfach diesem Link folgen und ganz unten das "Magazine du 4 juillet 08" öffnen)


Sur l’écran « Traduire l’Europe » on voit un film qui ne se déroule pas du tout en Europe mais qui traite néanmoins de ce continent-ci, des fantaisies qu’il génère vue de l’extérieur. Il s’agit de Mirages, le premier film du jeune réalisateur Olivier Dury.
Dury se mène dans la trasse des migrants subsahariens, qui cherchent à rejoindre la Méditerranée. Sa caméra accompagne les cinq premiers jours d’un convoi de migrants a travers le Sahara, d'Agadez au sud du Niger jusqu'à Djanet, ville frontalière avec la Lybie. On suit deux pickups surchargés de jeunes hommes dont les pieds touchent presque le sable. Guidé par des touaregs, l'incroyable convoi avance dans la brousse, sur des pistes vertigineuses et à travers des tourbillons de sable. Les foulards protègent a peine contre le sable et l’impitoyable sécheresse ; le feu chauffe a peine dans le froid nocturne.
Rarement apparaissent au bord de la route des signes de vie, seulement pour vite disparaître dans le néant : on voit des enfants qui découvrent le seul blanc dans le convoi, on voit une grenouille qui lutte pour survivre ainsi qu’un vautour qui l’attendent s’il n’y arrive pas. Les hommes restent seules dans le désert : ils cherchent la distance l’un de l’autre, se combattent pour l’espace étroit sur les pickups et fixent le néant. La fatigue et l’espoir se mêlent. Pour eux l’Europe est a la fois le mirage d’une vie meilleure et le piège qui les fait souffrir. Seulement la nuit rapproche ces migrants solitaires: le feu de bivouac crée un espace clos dans l’infinité du désert.
La caméra d’Olivier Dury frôle les pieds et les visages. Elle s'attarde sur un moteur en surchauffe, un pneu à changer et un malade à soigner. Le film se veut objectif : Dury se limite a observer, il renonce aux commentaires et ne se choisit pas de protagoniste. Il ne montre qu’une période de transition - faute d’autorisation de tournage, le film s’arrête à la frontière de la Lybie.
Pourquoi ces hommes du Niger, du Sénégal, de la Mauritanie se mettent en route pour un tel calvaire ? Est-ce la lutte de survie ? Des raisons politiques ? Et qu’est-ce qui les attend en Europe ? La clandestinité ? L’expulsion ? Le film soulève bien plus de question sur la migration africaine vers l’Europe qu’il ne donne des réponses. Mais cet esprit énigmatique est justement son point fort. Devant et derrière la petite caravane, l’horizon vacille, scintille, deviens flou : d’autant que les raisons de leur émigration sont laissées a l’imagination du spectateur, les migrants ne savent pas, vers quoi ils se dirigent.
Mirages, ce sont 46 minutes d’images et sons poétiques, c’est une caméra qui échange des regards muets et compréhensifs avec des hommes que, de l’autre coté de la Méditerranée, nous allons transformer d’êtres humains en êtres clandestins. Pour ceux, qui ne veulent pas rater le début cinématographique d’Olivier Dury, rendez-vous demain à 18.30h au CRDP ou dimanche a 13.45h à la Criée.

Donnerstag, 3. Juli 2008

Tambogrande - Mangos, Muerte, Minería.

Ernesto Cabello et Stéphanie Boyd, Perú, 2007, 85'.

Mein erster Sprung ins ganz ganz kalte Wasser - eine Filmkritik, in aller Eile auf Französisch geschrieben, nicht korrigiert und nach einem Spurt zum Übertragungsort durch die halbe Stadt gesprochen, live und auf öffentlichem Podium


(siehe 5'00 bei etwa 1/3 der Sendung, falls der Player nicht funktioniert einfach diesem Link folgen und ganz unten das "Magazine du 3 juillet 08" öffnen)


Imaginez-vous qu’une compagnie minière – disons du Perou - découvre de l’or au sous-sol de Marseille et pousse tous les habitants de démenager pour l’extraire ! Quelquechose de pareil est arrivé aux habitants de Tambogrande dans une vallée au nord du Pérou : Un jour dans les années 90 ils apprenaient qu’au dessous de leurs maisons coulaient de l’or pur. Sans consulter la communauté, le gouvernement d’Alberto Fujimori donnait la concession à une compagnie minière canadienne pour qu’ils construisent une mine et exportent les ressources brillantes. Les promesses de sa politique ultra-libéraliste et des nouveaux conquistadeurs, c’était la modernisation et le prosperité du pays. Ils demandaient à Stéphanie Boyd, réalisatrice compatriote qui était sur place, de faire un vidéo promotionel pour jeter une lumière positive sur le projet. Mais Boyd n’en voulait rien savoir parce qu’elle decouvrait un tout autre réalité :
Car les villagois de Tambogrande ne profiteraient point de cet « eldorado » imaginaire – au contraire, une mine serait l’enfer pour la communauté agricole. Les conséquences d’un tel projet sont visibles partout en Amérique Latine sur des anciens sites minières : la destruction du village, la perte du travail et des traditions agricoles, ainsi que des graves conséquences écologique: la désertification et toxication de la région.
Avec le réalisateur péruvien Ernesto Cabello elle fait alors un tout autre film qu’on peut maintenant découvrit sur le Festival de filmes documentaires de Marseille: Tambogrande, Mangues, Meurtre, Mine.
C’est l’histoire d’Astérix contre les Romains, de David contre Goliath que Cabello et Boyd racontent dans ce film en suivant les évenements à Tambogrande. Dans le petit village, il se forme un mouvement de résistance surprenant. Il savent que leur seul richesse, leur « or », ce sont les mangues et citrons. Le paradis fertile qu’ils habitent, c’est l’heritage de leurs parents, qui l’ont crée au milieu d’un désert. L’amour de leurs terres est d’autant plus grand : On voit les agronoms embrasser leurs bûchers et arbres, caresser les mangues et protester avec les citron dans la main.
Cabello et Boyd ont suivi l’évolution de ce village face à leur destruction pendant huit ans. Ils observent comment les villagois résistent à leur tentatives de violence quand leur leader est assassiné, et transforment leur colère en un mobilisation pacifique, efficace et culturelle qui atteint, à la fin, un rayonnement mondiale. Avec grande sympathie ils savent capturer le douleur des villagois ainsi que leur optimisme et leur humour, par exemple, quand les villagois collectent de l’argent pour payer aux mineurs leur vol-de-retour au Canada. Ainsi le film célèbre la vie et le courage des petits gens qui face à la crise se transforment en héros.
Malgré la sympathie des réalisateurs avec le mouvement de Tambogrande, ils ne tombent pas dans la piège d’une prise de position unilateral, mais basent leur film dans de recherches intenses et d’interview diverses. Quant ils rentrent dans le bureau de Manhattan Minéral au Toronto, cela respire bien l’esprit « engagé » de Michael Moore. Mais à la différence de celui-ci Boyd et Cabello ne plongent pas dans la polémique. Ils essaient toujours de montrent les deux côtés du medaille d’or – les mineurs et les opposants, le Perou et le Canada.
Le film de Stéphanie Boyd et Ernesto Cabello combine l’objectivité documentaire à la suspense d’une fiction. Si vous voulez le voir, dépêchez-vous : Il y a une seule projection sur le FiD à Marseille, et c’est justement aujourd’hui à 19.30 dans le CRDP.

Freitag, 16. Juni 2006

« Auberge Espagnole II » – un film comme un jeu de « poupées russes »

« Beaucoup de films s’achèvent à leur apogée. Mais ce qui intéresse, c’est la suite. » constate le jeune scénariste Xavier dans le nouveau film de Cédric Klapisch. Trois années après que des milliers d’étudiants d’Erasmus dans toute l’Europe se soient reconnus inéluctablement dans la colocation cosmopolite de « l’ Auberge Espagnole », le réalisateur français a convoqué les protagonistes encore une fois pour qu’ils se rencontrent cette fois à St. Petersbourg où l’anglais William se marie avec une danseuse russe.
Entre-temps l’ « Auberge » est devenu plus étendu : Les « couloirs » qui joignent les ex-colocataires mésurent des milliers de kilomètres et on ne se rend plus visite en chaussettes mais en train rapide. C’est encore une fois le parisien Xavier (Romain Durie) qui raconte la deuxième partie de « l’Auberge Espagnole » en écrivant son livre homonyme. Mais cette fois il reste dans sa propre « chambre » pendant les premières soixante minutes du film sans qu’il surmonte sa perspective étroite ni dépasse son thème favori : La recherche de la « dernière » femme dans ce jeu des « poupées russes » qui est sa vie. Trentenaire, Xavier commence à se debrouiller dans le monde du travail. Mais avec chaque boulot qu’il accepte pour payer le loyer dans une banlieue parisienne - journaliste, nègre, scénariste - il s’éloigne de son rêve d’écrire un livre. Fixé sur soi-même et dépourvu de passion réelle il se laisse user par la vie : Avec deux téléphones à la main et un voisin au seuil il est quand même solitaire, et même s’il partage son lit avec toute une série de femmes il reste toujours «célibataire».
Le film « Auberge Espagnole - Les Poupées Russes » prétend nous montrer l’évolution de Xavier, son dépassement du seuil qui donne sur le monde adulte. Pourtant, les changements du protagoniste ne sont pas motivés par conviction mais par la complaisance et l’opportunisme : S’il décide d’enfin trouver « la bonne », c’est pour la présenter à son grand-père « avant qu’il meurt » et quand il rénonce à la ‘femme fatale’ Célia pour revenir chez Wendy, c’est plutôt parce que « tout le monde [lui] demande d’arrêter de rêver ». Au spectateur qui a vu le même Romain Durie tiraillé intérieurement entre deux modèles de vie sous la direction de Jacques Ardiaud dans « De battre mon cœur s’est arrêté », l’initiation passive de Xavier n’émeut point.
La superficialité du film est encore plus ennuyeuse parce que Klapisch ne la reconnaît pas. Au contraire : À travers la perspective de Xavier, qui est forcé d’écrire des scénarios qui plaisent au grand public, le film lance des critiques de médias sans cesse – et surestime sa propre capacité d’y faire exception. Bien que Cédric Klapisch s’inspire des grands réalisateurs du jeune cinéma européen, son film reste en dessous de ses modèles et minimise leurs idées : La visualisation des fantaisies dans le quôtidien, on la connaît bien chez Jean-Pierre Jeunet : Mise à part que les deux caractères sont représentés par l’actrice Audrey Tatou, la scène dont Martine se présente tristement à son fils comme princesse dans le royaume des sept princes rappelle le moment où Amélie Poulain pleure sa mort imaginé de sécouriste et héroine de la ville. De Pedro Almodovar il emprunte entre autres ses scènes au milieu homosexuel - sans s’y plonger sérieusement : La robe de son amie, Xavier la porte comme une punition et sans humeur. Enfin le film lui montre content d’être un « hétéro pudique » à côté de son ex.
Le film « Les Poupées Russes » effleure pleins d’histoires de fond, se plonge furtivement dans les coulisses de quatre grandes villes européennes, déroule des actions parallèles et alternatives, emploie des accélérations et dissout l’image en trames géométriques ; mais tout cela ne peut pas camoufler le manque de concept et de dialogues profonds. Au contraire : Le film de Klapisch échoue justement par sa megalomanie. Ainsi le film est lui même un jeu aux « poupées russes » : Il nous presente des histoires colorées l’une emboîtée dans l’autre, qui se revèlent toutes creuses, pour nous laisser avec une essence mignonne à la fin.

(entstanden im Rahmen einer Bewerbung für eine Jurymitgliedschaft)

Samstag, 15. Januar 2005

Haiti erinnern/ Se souvenir d'Haïti

Die Welt in Farbe tauchen - Ein haitianischer Künstler in Strasbourg
Colorer le Monde - Un peintre haïtien à Strasbourg
(archive, juin 2004)



EJP kam 2002 aus Haiti nach Europa, weil er sich in Frankreich ein besseres Leben versprach. Seine Bilder sind farbenfroh und voller Nostalgie - eine Reminiszenz an seine verlassene Heimat. Doch erstmals mischen sich europäische Elemente in seine karibischen Szenen, die mittlerweile bei ARTE und im Europaparlament hängen: Seine haitianischen Tänzerinnen zeigen Positionen des klassischen Balletts... Wie sie verinnerlicht EJP zwei gegensätzliche Kulturen, die sich mal abstoßen, mal ein Ganzes ergeben. Was ihm die Zukunft bringt, ob er zurückkehren wird oder hier die erhoffte Selbstständigkeit findet - er weiß es nicht.

Portrait eines jungen haitianischen Künstlers im französischen Exil, TV-Campus, Strasbourg/ 2004, C.F.

Freitag, 14. Mai 2004

Vignette du Bonheur









Aucun sou dans la poche
Mais du vin dans la bouche
Aucune raison
Mais un rire dans la tête
Un ciel obscure
Mais de la lumière dans son regard
- Comme c’est simple, le bonheur !

- Para F. -

Samstag, 20. März 2004

Nachtirrgang









... comment je suis perdue,
dans les rues, dans les rues...
Ces étendus mal éclairés
ne plus ressemblent à des allées,
si vidés, si vidés -
C’est le sabbat dans le quartier.

Le seul vivant que jamais je vois
c'est cette vieille enfant derrière les miroirs
dont j’esquive le regard sans sympathie,
son sage austerité me terrifie.

Derrière une douce brise d’été
m’envahit la fumée des cheminées.
Des ombres avalent mes traces,
des revenants me menacent
et m’éveillent des nuits pareils :
ces rues désertes, les gens en alerte
et plein d’angoisse quand quelqu’un passe
et l’haleine du Mont Odile les tracasse.

Comment puis-j’encore avancer
si mon histoire est préfigurée?
Comment arper sous l’infinie sans peur
qui ignore son propre intérieur.
Suis-je par hasard des didascalies ?
Qui, sinon moi, est le maître de ma vie ?

Cette idée me bouscule, je cesse, je recule,
les astres tombent, l’univers me plie.